Aix-en-Provence : regards actuels sur la Figuration Narrative

 


 Apparue au début des années 60 dans le paysage culturel français, la Figuration Narrative est un peu la réponse artistique à l’effervescence consumériste qui a marqué cette époque. Certes l’Abstraction, et même le Surréalisme, étaient encore prisés par les élites. Mais ils ne correspondaient plus aux critères esthétiques d’une société largement ouverte à la culture de masse.

Déjà à New-York, le Pop-Art polarisait les galeristes et les collectionneurs. Non sans ironie, il faisait l’apologie d’un monde dominé par les images commerciales. Cette prise de conscience n’était pas étrangère à l’avant-garde française. Elle allait même plus loin dans sa contestation de la société de consommation. Ce fut le coup de génie du critique d’art Gérald Gassiot-Talabot que d’unir sous l’appellation de « figuration narrative » des plasticiens aux postulations et aux styles très variés : quelle différence, par exemple, entre les formes semi-abstraites de Valerio Adami et le réalisme satirique d’Erro ! Comme dix ans plus tôt Pierre Restany avec les Nouveaux Réalistes, Gassiot-Talabot créa, de façon toute performative, un autre mouvement qui allait faire long feu. Son acte de baptême fut, en 1964, l’exposition collective « Mythologies quotidiennes » au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.

Outre les deux artistes cités plus haut, les « phares » de la Figuration Narrative furent Gérard Fromanger, Jacques Monory, Bernard Rancillac, Eduardo Arroyo, Peter Klasen et Hervé Télémaque. On les retrouve tous, en compagnie de quelques autres non moins intéressants (comme le Suisse Peter Stämpfli) dans cette exposition que propose, jusqu’au 21 juin prochain, la galerie départementale d’Aix-en-Provence. Conçue par Evelyne et Christian Arthaud, elle rassemble, sous l’intitulé « Regards actuels sur la Figuration Narrative, une quarantaine de tableaux, dessins et sculptures tout droit sortis de la collection de l’architecte et collectionneur Dominique Desfontaines.

Leurs sujets, ces artistes-là les puisaient directement dans les productions industrielles du moment. Certes d’autres avant eux, comme Fernand Léger ou Francis Picabia, avaient ouvert la voie. Mais pour la première fois les objets et leur double, publicitaire ou cinématographique, acquéraient une importance qui les plaçait à égalité avec la nature et le visage humain. En mettant en lumière des détails corporels ou industriels, des poses esthétiques et des slogans politiques, ils ont élargi notre champ de réflexion et modifié notre perception de la réalité quotidienne. N’est-ce pas une des missions essentielles de l’art ? Il faut voir cette exposition qui nous fait revisiter, sous l’angle artistique, une époque qui n’est, au fond, que la matrice de la nôtre.


Jusqu’au 21 juin 2026. Entrée libre, du mercredi au dimanche. 21 bis Cours Mirabeau, 13100 Aix-en-Provence. Tel : 04 13 31 68 36


Jacques Lucchesi

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